Quand j'arrivais au "Shrine" (le temple), la boite de Fela située à Ikeja, quartier excentré de Lagos à 30 km du centre, je ne payais pas et j'étais accueilli à droite de la scène, dans la zone VIP. Je lui amenais souvent des personnalités ou des artistes français, je me rappelle de Philippe Decouflé.
Le Shrine était un immense hangar, pouvant héberger 1500 à 2000 fans. L'endroit était assez kitch, avec ces filles qui dansaient dans des cages de fer sur les côtés, les étalages de vente de souvenirs (comme à Lourdes), et surtout les toilettes qu'on ne pouvait visiter qu'en apnée.
Il ne servait à rien d'arriver avant minuit car de toute façon le maître n'arrivait pas avant deux heures du matin. La quarantaine de musiciens, souvent âgés, faisaient patienter les 1500 spectateurs qui se trémoussaient sur les standards de Fela. Dans le quartier VIP, on nous offrait à boire du cognac ou du whisky local, ainsi qu'un certain nombre de produits illicites.
A deux heures du matin, Fela arrivait, préceder de son porteur de sax, lui même précédé du porteur de pétard. Il arrivait en costume d'artiste,portant sur le visage des peintures rituelles, mais très vite, il finissait torse nu. Au bout de cinq minutes, la foule était en transe, chantant avec lui dans une impressionnante communion. Choristes, danseuses, la fête était totale. J'ai vu des musiciens non sollicités dormir debout, leur voisin leur donnant un coup dans les côtes quand c'était à eux d'intervenir. Le soir où je présentai Decouflé à Fela, celui-ci lui demanda: "Et toi, tu fais quoi?" - "Ben, je suis danseur"- "Bon, alors danse !". Et, accompagné par Fela et ses quarante musicien, Philippe Decouflé dansa ce soir-là devant une foule déchaînée. Plusieurs années plus tard, lors d'une interview qu'il donna, il cita cette soirée comme le plus grand souvenir de sa vie... avant les jeux olympiques d'Albertville dont il avait assuré la chorégraphie de la soirée inaugurale. (Axel21)
à mon ami Délé Sosimi, clavier de Fela et qui perpétue sa mémoire à Londres aujourd'hui.